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Quand la paix au moyen orient tient sur un ou deux ministres séfarades

18 novembre 2010 Laisser un commentaire

Après la fin du gel des constructions juives en Judée-Samarie, les américains ont maintenu la pression sur les gouvernements israélien et palestinien pour poursuivre les négociations. Abbas continua d’utiliser des memes stratagèmes pour repousser l’échéance et Netanyahu continua de jouer au funambule avec sa coalition.

Bibi and Clinton in november 2010

Bibi and Clinton in november 2010

Obama n’a pas réussi à convaincre Bibi de prolonger le gel de 10 mois de 2 supplémentaires ; difficile d’en vouloir à ce dernier car Abbas a fait semblant de ne rien voir et s’est réveillé 30 jours avant l’échéance. Mais Clinton a finit par forcer Netanyahu à proposer à son gouvernement une proposition de gel de 3 mois avec effet rétroactif de 6 semaines contre :

  • des vétos au Conseil de Sécurité de l’ONU et autres représentations internationales
  • 20 jets furtifs F-35
  • la garantie qu’aucun autre gel ne sera demandé par l’administration US

La proposition est risible car Israël est sensé déjà avoir le soutien politique et militaire américain. Autrement dit, la position américaine est devenue tellement anti-israélienne qu’un simple vote onusien doit se monnayer en retrait israélien sur des territoires stratégiques mais revendiqués par les arabes.

Netanyahu est devenu un fin politicien et après avoir convaincu 7 des 15 ministres de son cabinet, a déclaré que toute proposition US devra etre consigné « par écrit ». Les ministres de l’aile droite du Likud, ainsi que 14 députés sur 27, ont fait entendre leur désaccord et leur outrage à une proposition qui irait à l’encontre de la promesse de Netanyahu de reprendre les constructions et d’assurer une vie normale à des millers de juifs. Shas, qui constitue les 2 ministres manquants pour obtenir la majorité, en a profité pour réclamer également une preuve écrite ainsi que l’exclusion de Jérusalem de toute forme de gel. Yishai est meme allé jusqu’à déclarer que Barak devra approuver tous les permis en attente dès la fin du gel ! La décision du leader spirituel Rav Obadia Yosef pourrait bien faire pencher la balance d’un coté ou de l’autre.

Coté arabe, Abbas ne sait pas trop comment réagir. Une acceptation israélienne le mettrait face à ses contradictions et ses demandes impossibles comme le retour des « réfugiés ». Que les israéliens acceptent la proposition US ou la négocient rendrait impossible sa menace de déclaration unilatérale « d’indépendance ». Je le met entre guillemets car l’Autorité Palestinienne est une marionette incapable de s’auto-financer, dépendant des dons occidentaux. Vingt années à encaisser dollars et euros, vingt années à ne contruire rien d’autres qu’une bureaucratie corrompue plutot que les bases d’un état que le monde leur a proposé déjà à maintes reprises (1947, 1949, 1968, 2000 et 2008).

La proposition a de grande chance d’etre refusée ou acceptée contre des garanties supplémentaires que les américains ne pourront assurées. Mais pendant ce temps, il est toujours aussi difficiles pour les juifs (et uniquement les juifs) de Judée et Samarie de loger leurs enfants qui se marient.

Interview du Jerusalem Report du travailliste Ben Simon

15 novembre 2010 Laisser un commentaire

Page 12 de l’édition du 8 novembre du bi-mensuel anglophone le plus lu sur l’actualité au proche-orient, on peut trouver, face à face, les interviews d’un député de gauche et de droite (bien évidemment celui de gauche est à gauche, quelle originalité) sur le nouvel amendement qui impose à tout nouveau citoyen non-juif de déclarer sa loyauté à Israël, état juif et démocratique.

Ce post est en quelque sorte un commentaire des réponses ahurissantes données par le travailliste. Je vais essayer de « déconstruire » le raisonnement de Daniel Ben Simon en montrant son absurdité et ses faiblesses.

Opposition à la déclaration de loyauté

A la question « pourquoi avez-vous opposé l’amendement sur la déclaration de loyauté ? », DBS répond :

[…] En France, il y a 700 000 juifs[1]. Mais comme la France ne peut tolérer deux identités [à la fois], les juifs doivent cacher leurs symboles religieux et ranger leurs magen David sous leurs Tee-shirts. A la maison, ils peuvent etre juifs, sortirent leurs magen David et porter leurs kippot.

Mais j’ai vécu toute ma vie ici [DBS a fait son alyia du Maroc à 16 ans]. Je suis un réprésentant de mon peuple à la Knesset. Pourquoi certains pensent que je devrais porter un signe extérieur, une déclaration de loyauté, pour m’appeler un juif ?

Pour comprendre cet argument biscornu, il faut d’abord comprendre que pour DBS, le sionisme c’est la garantie de pouvoir revendiquer sa judéité (via un signe extérieur comme une kippa) comme de ne pas la revendiquer. D’après DBS, les juifs français sont dans l’impossibilité de la revendiquer à l’extérieur [2], c’est donc une des raisons qui l’a fait choisir Israël à la France lorsqu’il fut forcé de quitter le Maroc. Ici DBS accuse le gourvernement de Netanyahu de faire l’inverse, c’est à dire de forcer les juifs à porter un signe extérieur juif. La France comme Israël discriminent donc leurs populations juives d’une façon ou d’une autre.

Mais aucune loi israélienne ne force quiquonque à porter un quelquonque signe ! Pour forcer l’argument, DBS prétend que la déclaration de loyauté est un signe extérieur. C’est stupide car facilement réfutable : cette déclaration ne se déroulera qu’une seule fois et sert à obtenir définitivement la nationalité, ce que toute nation considère comme un honneur ou un privilège. De plus, ce n’est pas un acte public : personne ne porte sur son front sa nationalité.

Judéité de l’Etat d’Israël

Et comme le remarque immédiatement la journaliste, l’amendement est limité aux non-juifs. DBS rétorque alors :

Maintenant nous pouvons voir la vraie motivation derrière tout ça : il s’agit de différencier les juifs et les arabes. Il est inacceptable que pour identifier les arabes, ils vont m’indentifier, moi, comme juif.

Fidèle à sa logique « je suis juif en public si je le veux quand je le veux », DBS rejette tout forme de différenciation des citoyens israéliens. Il le dit autrement à deux reprises :

D’abord, ils vont montrer du doigt les arabes, puis les chrétiens, puis toute personne qui a une opinion différente.

Quiquonque habite ici est israélien, et ces divisions sont dangereuses.

La journaliste en conclut alors que DBS ne croit pas qu’Israël est l’Etat Juif, ce qu’il dément à demi-mot en mélangeant Judéité (la nation juive avec son histoire, sa langue, sa culture) et Judaïsme (la religion du peuple juif telle qu’interprétée par les rabbins depuis 2500 ans) :

C’est un état Juif parce que le peuple Juif a fondé ce pays et vit ici, parce que nous sommes une majorité, parce que nous vivons ici fièrement.
[…]
La Judéité de l’Etat d’Israël est politiquement contesté et a différentes significations pour chaque personne. Il y a un débat continu en Israël concernant le caractère de l’état […].

DBS joue (mal) avec les mots car meme si « juif » a presque autant de définitions qu’il y a de juifs sur la planète, il y a un consensus sur qui est juif et qui ne l’est pas. Comme le dit le député du Likud Danny Danon dans la deuxième interview :

[…] je pense que nous sommes d’accord dans les grandes lignes. Nous savons tous qu’on désigne par juif, ceux qui sont concernés par la « loi du retour », et quant aux détails, chacun est libre d’interprétrer « juif » comme il ou elle le pense.

De plus, le texte ne parle pas de halakha, ni meme de religion. Il s’agit juste d’un acte symbolique (on peut mentir et obtenir la citoyenneté comme avant) visant à confirmer l’expression « état juif et démocratique » qui était déjà largement utilisée par les sionistes libéraux et conservateurs.

Sionisme et socialisme ne font pas bon ménage

DBS souhaite un état d’Israel non-défini comme juif, où il se trouve que les juifs seraient la majorité et où ils pourraient, ou non, pratiquer le judaïsme. A l’image de la France, il serait interdit de faire des statistiques sur le nombre de juifs et non-juifs du pays car cette distinction est strictement personnelle. Mais alors à quoi sert Israël ? Les pays anglo-saxons répondent et répondaient à ses exigeances. Les juifs n’y sont pas majoritaires mais ils le sont certainement dans de nombreux quartiers et villes. Leur prospérité économique est enviée par le monde entier. En voulant satisfaire l’universalité du socilalisme et l’individualisme de son esprit post-moderne, DBS est contraint d’abandonner le sionisme qui est un nationalisme avant tout. Si DBS ne peut meme pas défendre l’appelation d’état « juif », alors il sera incapable de défendre l’existence d’Israël au profit de n’importe quelle entité, palestinienne ou autre. Pourquoi créer un état sans caractère ? Si les juifs ne sont pas les possesseurs historiques de cette terre, pourquoi les avoir fait venir là bas ? Si c’est pour les sauver, il y a des tas d’autres lieux où ils pouvaient émigrer, par exemple les pays anglo-saxons ou meme l’Ouganda comme ce fut très sérieusement proposé au tournant du 20ème siècle.

Sophisme

Quand à la dernière accusation de DBS :

Cet amendement est né dans le peché, mis au monde par un parti semi-fachiste, dirigé par un homme semi-fachiste qui a vécu la plupart de sa vie dans un état semi-fachiste.

Elle est totalement fallacieuse et peut etre décomposée comme suit :

  1. L’amendement sur la déclaration de loyauté a été proposé par Yisrael Beitenu ;
  2. Avigdor Liberman dirige le parti israélien Yisrael Beitenu ;
  3. Avigdor Liberman a grandi en Biélorussie ;
  4. La Biélorussie était un état semi-fachiste ;
  5. Cet amendement est donc semi-fachiste.

On peut donc appliquer cela à DBS lui-meme :

  1. Daniel Ben Simon est un haut membre du parti travailliste qui oppose l’amendement sur la déclaration de loyauté  ;
  2. Daniel Ben Simon a grandi au Maroc ;
  3. Le Maroc est une monarchie qui ne respecte pas (ou peu) les droits de l’homme ;
  4. L’opposition de DBS est anti-droit de l’homme.

Cela est bien sur faux, c’est un sophisme doublé d’une accusation par généralisation.

Une deuxième raison

A la fin de l’interview, DBS nous donne une deuxième raison, plus terre-à-terre, expliquant son opposition à cet amendement :

Jusque dans les années 70, la majorité des arabes votaient pour des partis juifs. Si nous leur offrons une vraie égalité comme israéliens, ils accepteront l’état.

Il est effrayant qu’un élu admette qu’un pays doit changer ses lois pour des questions partisanes (récupérer l’électorat arabe). Les travaillistes ne peuvent toujours pas concevoir que les arabes israéliens votent en fonction de leurs intérets, qui sont depuis Oslo, à l’opposé de ceux des juifs israéliens.

[1] la plupart des experts tournent autour d’un consensus de 550 000 juifs en France et non 700 000
[2] si cela est vrai dans les quelques quartiers urbains à majorité musulmane et dans l’administration publique, cela est faux partout ailleurs en France et j’en suis la preuve vivante.
Catégories :Israel, Processus de paix

Elections américaines : congratulations to the GOP

7 novembre 2010 Laisser un commentaire

Bravo au grand retour des républicains à la Chambre des Représentants US où il sont désormais majoritaires et à leur remontée au Sénat.

La politique extérieure d’Obama sera vraisemblablement peu modifiée mais on peut quand meme parier sur une plus grande souplesse vis-à-vis des israéliens. Ne serait-ce que pour ne pas froisser les parlementaires républicains avec lesquels Obama à demander à collaborer. Aujourd’hui meme, le porte-parole du Département d’Etat américain a déclaré ne pas être favorable à la déclaration unilatérale d’un Etat palestinien par l’Autorité Palestinienne. Cette menace pathétique flottait dans l’air depuis l’arret des négociations directes par Mahmoud Abbas il y a un mois.

Catégories :Processus de paix, USA

Sola fide

7 novembre 2010 Laisser un commentaire

«Comme le Serviteur de Dieu Jean-Paul II qui, de Compostelle, exhorta le Vieux Continent à redonner vigueur à ses racines chrétiennes, je voudrais moi aussi exhorter l’Espagne et l’Europe à construire leur présent et à projeter leur avenir à partir de la vérité authentique de l’homme.»

Quelqu’un a-t-il compris Benoit XVI lorsqu’il s’adressa à la foule espagnole ? Le journaliste du Figaro pense que le prêtre d’origine allemande parlait de l’athéisme européen et exhortait le retour du religieux (enfin du catholicisme) dans la sphère publique :

«il est nécessaire que Dieu recommence à résonner joyeusement sous le ciel de l’Europe»

Mais la suite nous embrouille à nouveau :

«L’Europe de la science et des technologies, l’Europe de la civilisation et de la culture, doit être en même temps l’Europe ouverte […] au Dieu vivant et vrai à partir de l’homme vivant et vrai».

Dieu vivant et vrai est une expression piquée à l’hébreu biblique : Elohim ‘hai (Dieu vivant) et El emet (Dieu de vérité). En dehors de ça, on a beaucoup de mal à comprendre le message du pontife.

De plus, exiger de « s’ouvrir » à Dieu est ridicule. Les athés et agnostiques européens attendent plutot que le Vatican apporte des réponses à leurs questions existencielles, que la religion leur donne une raison de vivre et une façon de la vivre. Au lieu de cela, Benoit XVI leur demande de simplement « y croire » sans donner de raisons (ni de techniques d’évangélisation d’ailleurs). Le pape persiste dans l’idée que l’intention précède l’acte mais quand on a à faire à des non-croyants, il vaut mieux se concentrer sur l’action. Dans le judaïsme, on dit que si on n’effectue pas un commandement leshem shamayim (au nom du Ciel), c’est tout de meme bon car on le fera plus tard leshem shamayim.

Mais le christianisme s’est construit sur la doctrine déculpabilisante de sola fide, la foi seulement. Le pape ne peut donc pas demander à ses auditeurs d’accomplir certaines choses, car ils seraient toujours condamnés car incroyants, meme si cela les rapprocherait de l’Eglise. Cette dernière est bloquée par son propre principe qui avait attirait tant de personnes au Moyen Age.

Catégories :Judaisme, Théologie

Quand les libéraux américains préfèrent Israël

1 novembre 2010 Laisser un commentaire

Après les attentats déjoués des islamistes du Yemen contre deux synagogues américaines, le rabbin d’une des congrégations visées a déclaré :

I feel more safe here [à Jérusalem] than I would be there [à Chicago].

Cette phrase aurait été impensable il y a quelques décenies, tout comme l’idée qu’un rabbin américain puisse préférer passer Shabbat à Yerushalayim et encourager l’Alyia :

We should always be encouraging aliya – not just in times of trouble but also in times of celebration, joy, and peace.

Une immigration massive de juifs américains en Israël règlerait définitivement le problème démographique et pourrait être la clé pour une annexation de la Judée-Samarie. Est-ce que l’Amérique post-moderne d’Obama pourra faire de Tel Aviv une destination économiquement avantageuse pour les juifs américains diplomés et intégrés ? Ne comptez pas sur les élections de demain car l’économie est le principal élément de décision des américains, juifs et non-juifs.

Catégories :Israel, USA