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Mubarak est tombé. Mais son régime…?

Hosni Mubarak 2003

Hosni Mubarak

Mubarak a finalement démissioné comme le réclamaient les magnifestants de la place de la Liberté au Caire depuis deux semaines. L’armée prend le controle du pays pour éviter tout chaos supplémentaire et promet de maintenir ordre, sécurité et fonctionnement normal.

Les causes

Contrairement à ce que la plupart des analystes occidentaux ont aimé avancer, ce n’est pas le lachage de Mubarak par les américains qui a fait la différence.

Tout d’abord, il y l’age et l’usure d’Hosni Mubarak. A plus de 80 ans dont 30 en tant que président de la république arabe, la détermination n’est plus la meme. Puis, il y a la volonté des militants anti-Mubarak : malgré plus de 100 morts et 1000 blessés, ils sont de plus en plus nombreux dans la rue. Leur manque de hiérarchie en fait un ennemi « fuyant ». Il y a également le fait que les Frères Musulmans soient très peu montés au créneau. Ennemi juré sous le régime de Mubarak, ils n’ont pas vu venir la puissance du mouvement populaire anti-Mubarak et ont préféré, avec intelligence, ni revendiquer ni profiter de la chute du vieux dicatateur laïc.

Enfin, il y a l’armée. C’est elle qui 60 ans auparavant avait renversé la monarchie parlementaire pour instaurer une république à parti unique. Comme l’a magnifiquement analysé Barry Rubin, il y a 60 ans, on pouvait observer les memes scènes de liesse dans la rues egyptiennes avec le meme espoir naïf. L’armée a simplement fait sauté la soupape de sécurité que représentait le vieux dirigeant Mubarak. Elle a immédiatement annoncé son souhait d’honorer tous les traités internationaux et bilatéraux signés par les administrations précédentes, montrant concrètement que « rien ne changera ».

Les conséquences

Contrairement à ce que la plupart des gouvernements occidentaux annoncent betement, la démocratie ne va pas faire naturellement son entrée en Egypte. L’armée tient à conserver sa main-mise et n’a aucune envie de laisser le chaos s’installer. Cette dernière est financée et armée par les américains et à trop à perdre. Un régime mubarakien sans Mubarak pourrait donc tranquillement s’installer.

Si des élections libres sont effectivement organisées et respectées, les egyptiens choisiront entre un nationalisme de gauche mubarakien, un nationalisme de droite plus probable, un parti démocratique centriste dont on voit mal qui le représenterait et un islamisme à l’iranienne.

Un gouvernement que j’appelerais « national-populiste » serait beaucoup plus critiques vis-à-vis d’Israel et des Etats-Unis et une participation d’islamistes serait très possible afin de contenter un large suffrage.

Une ouverture de la frontière avec Gaza légalisera le traffic d’armes, de produits manufacturés et d’articles de luxe vers et depuis la bande sous controle islamiste. Elle renforcera encore plus les liens socio-économiques entre les egyptiens et les gazaouis et rappellera aux « palestiniens » la période egyptienne 1949-67.

Le Sinai (re)deviendra une zone de non-droit et ceci accélèrera la construction par Israël de la barrière de sécurité le long de la frontière. Les pharaoh des premières dynasties d’Egypte se plaignaient déjà des tribus de bédouins indomptables. Le désert de Sinai-Negev n’a jamais vraiment été controlé par aucune nation.

L’Iran se débarrasse d’un poid lourd. La pression augmentera sur l’Arabie Saoudite et sa capacité à fédérer les nations arabo-musulmanes autour de sa vision sunnite, pacifique et pro-occidentale de la région.

Les américains et les européens pourraient perdre un allié précieux dans lutte anti-terroriste sans garantie que le prochain gouvernement ne soit aussi attentif aux besoins occidentaux.

Al-Jazeera qui a couvert les évènements depuis le début (jusqu’à retransmettre les scènes de joie en direct sans commentaire) assoit un peu plus son role de chaine d’information dominante au moyen orient.

Si un gouvernement radical finit par prendre le pouvoir en Egypte, le paradigme israéliens de « la terre contre la paix » sera définitivement enterré. L’abandon du Sinai (puis de la bande de Gaza) n’aura alors permis que de gagner du temps.

Catégories :Egypte, Gaza, Israel, Processus de paix
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